Chevènement et l’affaire Alstom : une grande voix à redécouvrir

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Les médias, friands de petits mots et de communication creuse, ont trop vite privé de scène cet homme dont ils pensent que ses idées trop élevées rebuteront les Français nourris par leurs soins du « prêt-à-penser » politiquement correct.

En deux clics, retrouvez sur son blog le florilège de ses déclarations sur l’affaire Alstom… Tiens ? Pas vraiment ce qu’on essaie de nous faire croire…

Jean-Pierre Chevènement était l’invité de Public Sénat, mercredi 30 avril 2014. Il répondait aux questions de Delphine Girard. Et met en cause, arguments à l’appui, la gestion du PDG Patrick Kron. Une certaine idée de la France contre la loi du profit à tout prix.

Un regard objectif à l’attention de ceux qui veulent comprendre, et refusent les éléments de langage conçus par les consultants en com’ d’Alstom, savamment distillés par son PDG sur toutes les chaînes avec un sourire de circonstance.

Pour Jean-Pierre Chevènement, les Français entendent à nouveau à l’occasion de cette affaire « Le langage des généraux de 1940« . Responsables, mais pas coupables.

Morceaux choisis de son interview

« Je constate qu’en matière d’industrie, nous allons de démantèlements en démantèlements. »

« On nous dit qu’Alstom est aujourd’hui trop petit dans la mondialisation. Mais n’oublions pas qu’Alstom faisait partie d’un grand groupe, la Compagnie Générale d’Electricité, qui comportait également Alcatel, dans les télécommunications, Nexans, les Chantiers de l’Atlantique, et d’autres filiales encore. »

« Le cauchemar de 2003, lorsque l’État s’était porté au secours d’Alstom, c’est le fruit des erreurs de gestion des dirigeants de l’époque, qui ont racheté des turbines à gaz fabriquées en Suisse qui ne marchent pas, qui ont mis l’entreprise quasiment en faillite. »

« Si l’on regarde par rapport à Siemens ou General Electrics, la France avait un conglomérat tout à fait aussi important. Mais d’opérations en opérations, avec la théorie du one player comme ils disent, c’est à dire « un métier, une société », on a des sociétés trop petites. Ce sont les mêmes qui nous ont expliqué qu’il fallait des entreprises sans usines. Ces théoriciens du libéralisme nous font beaucoup de mal. »

« Alstom fait des bénéfices (4 à 5% de rentabilité), a des commandes (50 milliards, environ 3 ans d’activité), donc ce n’est pas du tout une entreprise au bord du gouffre. Pourquoi se jeter dans les bras de General Electrics, si ce n’est pour faire monter le cours de l’action ? C’est une opération financière, intéressante pour les actionnaires, et du point de vue des dirigeants, qui seront sûrement beaucoup mieux rémunérés si le siège social est à l’étranger plutôt qu’en France, puisque les habitudes, qui sont déjà très mauvaises en France, sont encore pires dans un certain nombre d’autres pays étrangers comme les États-Unis ou la Suisse. »

« Comment faire pour maintenir les centres de décisions en France ? L’État peut-être présent à travers la Caisse des Dépôts. Qu’est-ce qui empêche de créer une golden share, comme dans les pays anglo-saxons ? Une golden share, c’est un droit de veto qui est accordé à l’État, du point de vue de l’intérêt général, sur les décisions qui sont prises. »

« Quand on voit les erreurs de gestion de la direction d’Alstom, on se dit qu’il vaudrait quand même mieux qu’il y ait un regard plus objectif, qui soit jeté par des gens qui se préoccupent vraiment de l’intérêt de la France, de son tissu industriel. »

« L’État a un point de vue à faire valoir. Ce n’est pas un intérêt parmi d’autres : c’est le point de vue des intérêts de la France. Réduire le déficit du commerce extérieur, défendre l’emploi, les salariés : tout cela, c’est à l’État républicain de s’en assurer. »

« On ne peut pas dire : « j’assume le démantèlement d’Alstom » ou de tel autre. Cela, excusez-moi de vous le dire, c’est le langage des généraux de 1940. »

En savoir plus :

Réécoutons cette grande voix sur son blog à l’occasion d’une interview donnée à la chaîne LCP

A lire :

Son dernier ouvrage « 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ? »