Et si cela changeait ?… Les effroyables attentats du 15 novembre vont-ils remettre au goût du jour patriotisme et civisme ? Si l’on compare avec nos amis britanniques, le chemin est encore long …

A la suite du choc du 15 novembre, on a vu en effet le drapeau français fleurir sur les réseaux sociaux, de très nombreux internautes apparaissant sur leur profil le visage recouvert des trois couleurs en transparence. Simple frémissement ? Qu’en est-il encore du patriotisme et de l’esprit cocardier en France ? Myvesinet.com vous propose quelques repères, dans le cadre du match Bleuet de France / Poppy anglais…

A l’occasion du 11 novembre, la France comme l’Angleterre honorent le souvenir de leurs enfants morts pour la France. De chaque côté de la Manche, deux organismes collectent des fonds destinés à perpétuer le souvenir et venir en aide aux anciens combattants et blessés de guerre. Bleuet de France d’un côté, The Royal British Legion de l’autre. Le comparatif est cruel : 50 fois plus de fonds collectés sur le sol Britannique. Pourquoi cette différence : manque de civisme ou de moyens ? Ou les deux ?

Le Bleuet de France, une belle œuvre trop peu connue

L’histoire de la création du Bleuet de France débute au sortir de la Première Guerre mondiale, à l’Institution Nationale des Invalides. En effet, ce conflit a créé une rupture historique par sa violence, sa durée et sa dimension internationale. Car, en 1918, la fin de la «Grande Guerre» laisse derrière elle plus de 20 millions de blessés et d’invalides dont certains, gravement mutilés, ne peuvent plus travailler.

Ainsi, dans l’immédiate après-guerre naissent des initiatives de solidarité privées ou associatives de toutes sortes. Pour faire face aux drames humains engendrés par ce conflit, l’Etat décide de créer l’Office national des mutilés et réformés de la guerre, dès 1916, puis l’Office national des pupilles de la Nation et enfin l’Office national du combattant pour prendre en charge les réparations, la rééducation professionnelle et la solidarité en faveur des victimes de guerre et des anciens combattants.

Aux origines du Bleuet de France, deux femmes de leur temps à l’écoute des souffrances de leurs contemporains : Charlotte Malleterre (fille du commandant de l’Hôtel national des Invalides) et Suzanne Leenhardt, toutes deux infirmières au sein de l’Institution et qui souhaitaient venir en aide aux mutilés de la Première Guerre en créant dès 1925 un atelier pour les pensionnaires des Invalides dans lequel ils confectionnaient des fleurs de  Bleuet en tissu pour  reprendre goût à la vie et subvenir en partie à leurs besoins par la vente de ces fleurs.

Aujourd’hui, la vocation du Bleuet de France perdure et l’Œuvre agit sur de nouveaux fronts en favorisant, aux côtés des actions sociales traditionnelles, la transmission de la mémoire comme véritable vecteur de solidarité entre les générations. Héritier d’une tradition de soutien aux victimes des conflits du XXème siècle, le Bleuet est aujourd’hui une manière de préparer un avenir solidaire pour tous.

Depuis la loi de 2012 : le retour du Bleuet… chez les militaires
« Le 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice de 1918 et de commémoration annuelle de la victoire et de la Paix, il est rendu hommage à tous les morts pour la France. Cet hommage ne se substitue pas aux autres journées de commémoration nationales ».
Depuis cette loi de 2012, le 11 novembre ne marque plus solennellement la seule célébration de la fin de la Première Guerre mondiale, mais est également une journée d’hommage à tous les morts pour la France. Cette évolution avait été voulue par Nicolas Sarkozy qui avait fait déposer un projet de loi en ce sens en décembre 2011. La loi du 22 février 2012 stipule donc que le 11 Novembre honorera dorénavant « tous les morts pour la France », tout en précisant que « cet hommage ne se substitue pas aux autres journées de commémoration nationale ».

On remarque depuis une évolution notable sur la poitrine des militaires en uniforme. À l’instar des Britanniques qui arborent en masse le rouge « poppy », marque de leur solidarité avec les soldats morts ou blessés au combat, les armées françaises s’efforcent de relancer une ancienne marque de solidarité allant dans le même sens, le Bleuet de France. Cette organisation née en 1916 avait perdu de sa superbe, mais un groupe d’officiers de l’École de guerre et du cours supérieur d’état-major (CSEM) a décidé de relancer la collecte en sa faveur, chaque donateur recevant un bleuet de papier qu’il peut accrocher à son revers.

En Grande-Bretagne, « Jamais sans mon Poppy ! »

Chez nos voisins d’Outre-Manche chez qui la tradition s’est muée en devoir civique, pour tous, le Poppy (coquelicot) est un symbole auquel sont attachés de nombreux Anglo-Saxons. Tiré d’un poème écrit par un soldat canadien lors de la deuxième bataille d’Ypres, le « poppy » a été adopté comme symbole en 1921 par la Royal British Legion, une association chargée des anciens combattants. Dès cette année-là, il commence à apparaître sur le revers des vestes des Britanniques. Jusqu’à aujourd’hui, la tradition du « poppy » persiste, en particulier au Royaume-Uni, où il serait mal vu qu’un homme politique fasse une apparition la semaine précédent le 11 novembre sans arborer son coquelicot.

Elus, personnalités, stars, présentateurs télé… tous ont chaque année le Poppy à la boutonnière. Effet direct de cette popularité bien visible : les sommes récoltées outre-Manche frôlent chaque année les 50 millions d’euros, contre un peu plus d’un million en France.

Bilan : 50 contre 1 au profit des Anglais !

L’oeuvre du Bleuet de France, administrée par l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, soutient financièrement les familles des militaires ou des policiers blessés ou morts pour la France, ainsi que les victimes du terrorisme qui se trouvent dans ce cas. 90 % de ses très maigres ressources proviennent essentiellement des collectes sur la voie publique le jour du 11 Novembre (environ 1,2 million d’euros pour les meilleures années). Loin encore des sommets atteints par la Royal British Legion, qui récolte chaque année plus de 50 millions d’euros avec son Poppy !

Le match Bleuet / Poppy : quelques éléments de comparaison, pour comprendre…

France : le Bleuet de France Angleterre : la Royal British Legion
  • Essayez d’acheter un Bleuet dans la rue en France !…
  • Confiscation des trois couleurs par l’extrême-droite
  • Fort sentiment anti-militariste depuis 1968 (génération Charlie Hebdo) ex. l’adjudant Kronenbourg de Cabu
  • Déclin du civisme
  • Ringardisation du patriotisme
  • Pas de support médiatique / personnalités civiles, « stars »
  • L’Empire français suscite un syndrome de culpabilisation aux relens d’esclavagisme
  • Image ringarde du Bleuet
  • Une cause à la communication déficiente (moyens, événements, supports)
  • Faible présence sur le web
  • Peu ou pas de merchandising
  • Peu ou pas de partenaires civils
  • Sur la page Facebook du Bleuet de France : 5 997 fans / amis
  • Des milliers de volontaires proposent le Poppy sur la voie publique du 21 octobre au 11 novembre
  • Fort attachement populaire à l’Union Jack
  • Fort patriotisme et civisme
  • Très nombreuses cérémonies / monuments
  • Fierté collective pour le passé militaire et ses héros : l’Empire colonial, Churchill…
  • Cause soutenue par la famille royale, les politiques, les personnalités du show-business
  • Bonne image de la cause du Souvenir et du soutien aux anciens combattants
  • Sensibilisation populaire par des journées dédiées, sur une large période
  • Une communication remarquable avec des supports de qualité, de l’humour et un graphisme attirant
  • Un merchandising actif et bien mis en scène
  • Le Poppy est un « must have »
  • Des partenaires prestigieux
  • Sur la page Facebook de la Royal British Legion : 430 502 fans / amis

Et demain ? Le point de vue du Directeur de l’ONACVG 78

Interrogé par le président de l’Amicale des Anciens Combattants du Vésinet, Georges Martin Saint Léon, le Directeur du Service départemental de l’Office national des anciens combattants et victimes de Guerre (ONACVG) des Yvelines nous apporte l’éclairage suivant :

« Anglais et Français n’ont pas le même rapport à leur histoire et à leur armée. Le Bleuet est une œuvre qui est tombé en désuétude dans les années 1980-1990, elle se relève petit à petit, chaque bleuet porté est une victoire pour nous, espérons que dans quelques années il soit plus populaire que le Poppy. »

« le Bleuet se porte du 1er au 11 novembre et du 1er au 8 mai. J’encourage personnellement tout le monde à le porter tout au long des mois de novembre et mai. Le Bleuet est un symbole national, tout le monde peut le porter, hommes, femmes, enfants, civils et militaires, gauche et droite, il n’y a aucune limite ! »

« Oui, nos élus, nos présentateurs télé, etc., devraient tous le porter au moins le 11 novembre. Chaque service départemental de l’ONACVG s’y escrime chaque année… Courage !« 

Sensibiliser les plus jeunes au devoir de mémoire, c’est possible !

Pour autant, le public, même jeune, comprend et s’enthousiasme lorsque l’occasion se présente à lui d’honorer le souvenir du sacrifice des Anciens. Un intérêt concret, notamment à l’occasion du ravivage de la Flamme à l’Arc de Triomphe avec les jeunes du Conseil municipal du Vésinet. La fierté et la gravité se lisait sur leurs visages, et d’autres jeunes les voyant se rassembler manifestaient de la curiosité mais aussi de l’enthousiasme pour cette initiative.

  • Retrouvez le reportage photos en date du 10 avril 2015 paru sur le site en cliquant sur ce lien : http://bit.ly/1j36DPb
En conclusion, c’est aux parents, grands-parents ou futurs parents que nous sommes d’inculquer à nos jeunes ces valeurs certes tombées en désuétude, mais que beaucoup ne demandent qu’à découvrir ! Partez ensemble parcourir les lieux de mémoire, allez assister au ravivage de la flamme, aidez-les à s’inspirer des vies exemplaires de leurs aînés tombés pour la France. Ce n’est ni une question d’origine, ni de couleur de peau ou de milieu. C’est juste un enjeu majeur de cohésion nationale, et l’affaire de chacun de nous ! Qu’en pensez-vous ?

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  • Et même le Guide du Routard, lancé le jeudi 5 novembre 2015, par Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens combattants et de la Mémoire : « Grande Guerre 14-18 – Les chemins de mémoire » à l’Arc de Triomphe : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr