« Mémoires de Ben » : du souvenir à l’espoir

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En ce jour anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, conflit dominé par une barbarie sans pareille, voici un aperçu d’un livre-témoignage qui doit avoir sa place dans toutes les bibliothèques.

Américain originaire d’Europe centrale, Ben Ferencz a débarqué en Normandie, combattu jusqu’au Nid d’aigle de Hitler avant d’être, à 27 ans, le procureur général du procès de Nuremberg. Il a ensuite inventé la justice internationale.

Cet homme au destin exceptionnel n’avait pourtant au départ aucune chance d’accéder à la notoriété.

Immigré Juif d’origine roumaine, élevé dans une cave du Bronx dans les années 20, Ben Ferencz a rapidement compris qu’avec son mètre soixante il lui faudrait s’armer d’une volonté de fer.

Sa devise « n’abandonne jamais », allait faire de lui un héros, de sa vie une épopée.

La lecture de ses Mémoires s’impose pour leur valeur d’exemplarité.

En premier lieu, la puissance de la volonté face à un destin contrarié. Ce n’est pas le pouvoir futile et éphémère de l’argent que Ben a recherché, mais celui de changer le monde, au nom des victimes du nazisme. De Nuremberg à la Cour Pénale Internationale, dont il fut l’un des créateurs, il est entré de son vivant dans l’histoire. Il pouvait se contenter comme tant d’autres de réussir dans la vie, il a préféré réussir sa vie, menant sans fin un combat pour la Paix.

En second lieu, cet homme remarquable qui ne lâche jamais refuse de se prendre au sérieux. Il privilégie les résultats à la posture, l’action aux déclarations, n’hésitant pas à payer de sa personne. Et dans toutes les situations, il fait preuve d’un solide sens de l’humour. En 1948, obligé de sauter en parachute d’un avion de transport en perdition au-dessus des ruines de Berlin, il se rappelle soudain que lorsqu’il s’était présenté pour s’engager dans les paras, on l’avait refusé au motif qu’avec son poids plume il allait remonter au lieu de descendre. Au moment de toucher le sol, il a cette pensée : « l’Armée n’a jamais su reconnaître mes talents… »

Que dire de plus ? Ben coule aujourd’hui à 96 ans une retraite heureuse en Floride. Son regret ? Ne pas avoir pu mener à bien le procès des industriels nazis fournisseurs du matériel de mort et en tant que tel co-responsables de la Shoah. Ils firent tous des carrières brillantes par la suite, dans de grandes entreprises allemandes, souvent les mêmes. Tout comme les savants allemands inventeurs des fusées V2 qui ravagèrent l’Angleterre. Rapidement naturalisés américains, ils furent à l’origine du programme spatial Apollo. Peu importe que Werner Von Braun ait été haut gradé dans la SS, et que lesdites fusées aient été fabriquées par des déportés dans des conditions inhumaines : la guerre froide était là et il fallait tourner la page du nazisme.

En conclusion, à l’heure où l’on réédite « Mein Kampf » d’Adolf Hitler (!), lisez et faites lire les « Mémoires de Ben ». Elles constituent un manuel personnel de résistance à toutes les barbaries. Sans action, l’indignation ne vaut rien. Et pour citer Ben « La conscience de l’humanité est le fondement de tout droit ».

« Mémoires de Ben », Benjamin B. Ferencz, en livre de poche chez Pocket, 7,80 euros.

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