L’Allemagne solde (enfin) les comptes avec son Histoire. Une leçon pour nous ?

L’Allemagne avait un compte à régler avec son Histoire.

Hantés par les fantômes du passé, les Allemands n’en finissaient plus de souffrir collectivement des errements du nazisme mais aussi du pangermanisme.

La victoire de la Mannschaft à Rio est celle d’une équipe qui a su dominer son agressivité tout en conservant son sens tactique, au profit d’un jeu rapide délivré de toute émotion. Mais c’est surtout la victoire du « Zusammensein » cette façon d’être ensemble, de faire peuple, si typiquement allemande, pour le meilleur et pour le pire. Un exemple pour nous ?

Trois guerres, 1870, 1914, 1939, ont toutes été déclarées ou provoquées par l’Allemagne, avec leurs cortèges de destruction, leurs traités humiliants, et la chasse aux anciens nazis, qui perdure. Un peuple meurtri, accablé par une culpabilité collective devenue insupportable.

Régulièrement, la presse allemande revenait sur de tristes épisodes comme Stalingrad, titrant à l’occasion : « le traumatisme éternel » (voir photo de la couverture de l’hebdomadaire Spiegel). Des films comme « la chute » rouvraient la blessure. On explique aussi la faiblesse du taux de fécondité des Allemands par le rejet de la politique nataliste, assimilée aux nazis.

La notion de culpabilité collective, héritée des années immédiates d’après-guerre par l’Allemagne d’aujourd’hui, n’a rien arrangé. Elle a été le fer de lance de la dénazification dans les zones d’occupation occidentales, puis en République fédérale, en vue d’une transformation morale de la population et de son intégration politique dans la Communauté européenne en construction.

Notion difficile à admettre pour ce peuple fier et conquérant, pilier de l’Europe d’aujourd’hui et symbole de l’excellence industrielle avec un « made in Germany » universellement reconnu.

On le voit, l’Allemagne revient de loin, longtemps prisonnière du joug nazi dans les esprits.

Se pose alors une question : quelle est la nature de ce sens du collectif, du être ensemble, le fameux « Zusammensein » propre aux Allemands ? Et si cette singularité expliquait tout à la fois les errements passés et la victoire sportive d’hier ?

La clef se trouve sans doute dans le récit posthume que nous a laissé Sebastian Haffner, « Histoire d’un Allemand ». Sans détour, ce magistrat raconte son enfance pendants la première guerre mondiale, puis la montée du nazisme, l’endoctrinement qu’il dû subir comme jeune magistrat.

Surtout, il nous livre les clés indispensables pour décrypter le comportement des Allemands, hier comme aujourd’hui. Pourquoi eux, et pas d’autres peuples ? Etaient-ils prédestinés par leur tempérament, leur sens du collectif, à subir l’impensable, mais aussi à réussir l’impossible ?

Du miracle économique Allemand à la victoire de la Mannschaft face à l’Argentine, une même capacité à étonner le monde, à se relever et conquérir la première place, au nom du « Deutschland über alles », l’Allemagne au-dessus de tout.

Certes les commentateurs ont souligné le caractère multiculturel de la Mannschaft, avec des joueurs d’origine turque ou d’Europe Centrale. Mais une fois encore, c’est le sens tactique et plus encore le collectif qui ont offert la victoire à cette formidable équipe.

Revenons au « Zusammensein ».

Haffner nous explique que « l’aptitude de mon peuple à la vie privée et au bonheur individuel est plus faible que celle d’autres peuples. » Il souligne cette « horreur du vide qui appelle de ses vœux la délivrance : délivrance par l’alcool, par la superstition ou mieux encore par une formidable, irrépressible et facile ivresse collective ». « J’éprouvais un bonheur total à me sentir parfaitement à l’unisson avec plusieurs dizaines, plusieurs centaines de milliers de personnes, que dis-je : avec tout le monde ». A l’opposé, Haffner nous décrit avec envie le sens du libre-arbitre des Anglais, l’individualisme des Français.

Aujourd’hui encore, les Allemands aiment à se retrouver tous ensemble au moment du Carnaval, à la fête de la Bière, au sein de multiples associations historiques et folkloriques, le plus souvent en costume traditionnel, porté avec fierté dans toutes les régions.

Aujourd’hui, et c’est heureux, le ballon a remplacé les fusils, mais une chose est sûre, c’est bien ce sens du collectif qui a permis aux Allemands de gagner, et d’offrir au Monde une nouvelle image, pour le plus grand bonheur d’un peuple à la fierté retrouvée.

La morale de cette histoire : et si à notre tour, nous adoptions ce sens du collectif pour aller de l’avant en tournant le dos au passé ? A l’échelon national, les vieilles haines recuites et les repentances forcées sont autant de failles dans l’unité nationale, de concessions à un individualisme mortifère. Au plan local, sachons saisir les opportunités de nous rassembler, d’échanger, de créer du lien.

C’est tout l’esprit de Myvesinet.com !

A nous de transformer l’essai, ensemble, « zusammen ».

En savoir plus :

Paroles de l’hymne allemand

(seul le 3e couplet est chanté à l’occasion des manifestations officielles) :
1
L’Allemagne, l’Allemagne au-dessus de tout,
au-dessus de tout au monde.
Quand constamment pour sa protection et sa défense,
fraternellement elle est unie,
de la Meuse jusqu’au Niémen,
de l’Adige jusqu’au Détroit.
L’Allemagne, l’Allemagne au-dessus de tout,
au-dessus de tout au monde.

2
Femmes allemandes, fidélité allemande,
Vin allemand et chant allemand
doivent continuer dans le monde
de résonner avec leur ancienne beauté,
de nous porter à agir avec noblesse,
tout au long de notre vie.
Femmes allemandes, foi allemande,
Vin allemand et chant allemand.

3
Unité et droit et liberté
pour la patrie allemande.
Cela, recherchons-le
en frères, du cœur et de la main.
Unité et droit et liberté
sont les fondations du bonheur.
Fleuris, dans l’éclat de ce bonheur,
Fleuris, patrie allemande ! (bis)